Je ne suis pas "MECHANT"

Je me dis que mon article risque de faire réagir et je serais heureuse de lire tous vos commentaires et d'y répondre. 

Alors je me lance.

"T'es méchant !" 
"Il m'a tapé, il est méchant."
"Ne me tape pas ! Je ne veux pas que tu sois une méchante petite fille."

"Le grand méchant loup..."



MECHANT mais pour qui, pourquoi ?

En CNV (Communication NonViolente), Marshal B. Rosenberg explique qu'il n'y a pas de méchant. Il y a simplement des besoins à satisfaire.

Je m'explique. Dans les contes, le loup a bien souvent le rôle du méchant. Ne dit-on pas le grand méchant loup ? Qu'a t-il de méchant au final ce loup ? Il veut manger les petits cochons me direz-vous... Oui, il veut les manger mais n'a t-il pas en fait simplement un besoin de se nourrir ? Est-il vraiment méchant pour ça ? 

Et dans ce cas, sommes-nous méchant parce que nous mangeons de la viande ? Tous les carnivores sont-ils méchants parce qu'ils mangent d'autres êtres vivants ? 

Et dans le réalité, qu'est-ce qu'être méchant ?

Quand j'y repense, lorsque je voyais mes enfants se chamailler, se brutaliser, mon premier réflexe était de leur dire d’arrêter d'être méchants entre eux. Dans ma phrase on entendait clairement qu'ils étaient méchants (eux et non pas leurs gestes).

Ensuite, mon cheminement a évolué (j'ai beaucoup lu et notamment les livres d'Isabelle Filliozat) et je ne leur disais plus qu'ils étaient méchants mais que ce qu'ils faisaient l'était. "Tu tapes ton frère, ce que tu lui fait subir est méchant."

Et dans mon soucis (mon besoin) d'être une bonne maman, j'ai continué mon cheminement vers les pédagogies positives et la CNV. J'ai donc suivi un stage de Communication NonViolente. Et depuis, ce terme (plutôt banal et banalisé) : MECHANT me fait réagir.

En effet, voilà ce que je crois à présent. Je crois que les enfants ne sont pas des êtres méchants. Je crois qu'ils manifestent leurs besoins et leurs demandes comme ils le peuvent. Et ces moments qui nous dérangent, ces moments que nous qualifions de méchants sont des moyens de communiquer (maladroitement) pour nos enfants. Notre rôle est de leur montrer d'autres moyens d'expressions.

Si ma fille pousse une autre petite fille qui s'approche trop près (à son avis), est-elle "MECHANTE" ? Je ne le crois pas. Je crois qu'elle essaie de garder son espace. Et son geste est là pour le signifier. Ce geste nous dérange, demandons nous d'abord pourquoi.

Personnellement il me dérange parce que j'ai besoin d'harmonie. J'aime que les enfants jouent ensemble dans le respect. Mais ai-je le droit d'imposer mon besoin à ma fille qui veut jouer seule ? Je ne crois pas. Alors ce que je peux faire, c'est lui montrer qu'il y a d'autres gestes pour expliquer que l'on veut jouer tranquillement et tout seul.

Il y a encore quelques années, je l'aurais surement reprise (et probablement pas de manière bienveillante) en lui disant qu'elle était méchante de pousser cette petite fille et d’arrêter tout de suite !

J'ai changé, j'ai évolué.

Mais les habitudes sont rudes. Je m'entends encore parfois dire à ma fille : "Le vilain moustique, il t'a piqué, il est méchant ce moustique." Et puis j'en prends conscience et je me dis qu'il n'a rien de méchant. Il pique et c'est tout. C'est un fait. 

Parfois lorsqu'un chien aboie très fort et qu'il nous fait peur. Pour nous rassurer (mes enfants et moi) je leur dis : "Il est méchant ce chien, il nous a fait peur." Et puis je me reprends et ma phrase devient : "Il nous a fait peur ce chien, il aboie très fort. Peut-être qu'il a eu peur lui aussi et qu'il nous fait comprendre qu'il ne veut pas que l'on s'approche de chez ses maitres." 

Un exemple pour montrer que les méchants des histoires ne sont finalement pas des méchants... Prenons le dessin animé "DRAGONS".


Les dragons, sont des monstres méchants qui attaquent le village pour piller la nourriture des habitants. Bien évidement les habitants de Berk se défendent contre ces dragons et leur tirent dessus pour les détruire.

Alors qui sont les méchants ? Les dragons, bien sur me direz-vous (ou pas). Ils attaquent, ils volent, ils sont menaçants...

En fait, ces dragons ne sont que des victimes. Ils sont menacés par un plus gros dragon qui les mange s'ils ne ramènent pas assez de nourriture. Mais donc le méchant de l'histoire serait-ce ce dragon ???

Je pense qu'à présent vous avez compris mon raisonnement. Vous pouvez surement maintenant anticiper ma réponse. Ce dragon ne cherche qu'à survivre lui aussi. Certes il le fait au dépend des autres (c'est d'ailleurs pour cela que ça nous dérange) mais ce n'est que pour répondre à ses besoins primaires.

A présent, une question vous vient surement. Alors concrètement, qu'est-ce qu'on peut leur dire à nos loulous plutôt que tu es méchant(e) ou même, ce que tu fais est méchant ?

Et bien en CNV on essaie de décrire les faits, c'est à dire ce que l'on entend ou ce que l'on voit. 

Plutôt que "tu es méchant lorsque tu tapes" (le TU qui tue de Jacques Salomé) décrivons ce qui se passe. Je t'ai vu pousser ta sœur. Je l'entends pleurer. Je suis inquiète parce que j'ai besoin de vous savoir en sécurité lorsque vous jouez tous les deux. Je te demande de jouer dans ta chambre pendant le temps dont j'ai besoin pour mettre la table (par exemple).

Et dans nos classes, nos cours de récréation... Et bien essayons de demander aux enfants également de décrire ce qui les dérange, de raconter simplement ce qu'ils entendent ou voient sans jugement. Pour ne plus voir les autres comme des "MECHANTS".

Ce n'est pas magique et ça demande du temps je trouve. Cela demande aussi d'accepter de changer notre façon de voir le monde en mode binaire : 
le blanc / le noir, 
le bien / le mal... 

Mais je crois que ça vaut le coup.

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